Le suicide des bobacs

« Au mois de mai, les bobacs sortent de leurs galeries souterraines. Ils se réunissent par centaines de mille, voire par millions,et se mettent en marche. Le chemin dans lequel ils s'engagent a trois mille kilomètres de long.

Le premier jour du voyage, une sorte de clivage se fait entre les bobacs destinés au suicide et ceux qui doivent assurer la continuité de l'espèce. Tout le monde part, mais au crépuscule quelque millions de bobacs retournent aux labyrinthes souterrains. Comment se fait le clivage ? Personne ne le sait.

On a remarqué que la troupe destinée à se suicider est fort joyeuse. Les animaux jouent entre eux, lutinent les femelles… (…)

Les bobacs marchent nuit et jour sans arrêt. Ils se nourrissent en marche, ils ne maigrissent pas, ne manifestent jamais de fatigue. Aux environs de juillet, ils sont à la hauteur de  Touroukhansk. Dès qu'ils ont dépassé le confluent de la Toungouska inférieure, ils traversent l'Ienisseï pour passer sur la rive droite… A travers la toundra, ils se dirigent vers le bord occidental de la presqu'île de Taïmyr. Arrivés là, ils se jettent volontairement dans l'océan glacial arctique et se noient tous. » (Article publié dans Nice-Matin, le 12 septembre 1964 - Cité par René Barjavel, La faim du tigre)

 

Un battement d'ailes

Les moutons de Panurge